COVIDHEBDO-BENIN

COVIDHEBDO 6 : Le déconfinement au Bénin est-il à haut risque ?

Les conditions d’un déconfinement atypique

L’augmentation exponentielle du nombre de cas testés positifs au COVID-19 indique que les cas communautaires étaient légions dans le pays. Cette situation est préoccupante car elle pourrait être révélatrice de la circulation du virus à l’intérieur et en dehors du cordon sanitaire mis en place au Bénin. Quid de l’efficacité de la mesure de mise en place du cordon sanitaire en matière de limitation de la propagation de l’épidémie.

Sachant que le virus sévit toujours dans le monde et que les frontières ouvertes vont entraîner de nouveaux cas auxquels s’ajoutent à présent la propagation communautaire – qui était certainement réelle mais asymptomatique et non dépistée –, il y a lieu de s’attendre à une explosion de l’épidémie.

En général, une personne atteinte par le coronavirus peut contaminer à son tour jusqu’à 5,7 autres personnes [3]. Plusieurs questions relatives à la contagiosité du COVID-19 au Bénin se posent :

  • Quel est le taux de contagiosité du COVID-19 au Bénin ?
  • Combien de citoyens les dépistés positifs par masse ont pu contaminer à leur tour ?
  • Combien de cas asymptomatiques existent-ils dans la population, non diagnostiqués, et qui contaminent d’autres à leur tour ?

  Un centre américain, le Disease Dynamic Economics & Policy (DDEP) a pu émettre des hypothèses sur ces indicateurs et bien d’autres pour projeter la propagation du virus au Bénin [4]. Sans préjuger des indicateurs et paramètres utilisés pour cette projection, en voici les résultats.

Graphique 3

La projection de ce centre indique que la propagation pourrait atteindre plus de 10% de la population béninoise et dépasser le million de contaminés aux mois de juin – juillet 2020 avant d’amorcer une baisse.

Evidemment, si le coronavirus devrait avoir la virulence qu’on lui connait dans les pays tempérés, il urge de regarder de près cette projection et de chercher à passer au dépistage systématique de toute la population béninoise avec les mesures de suivi des contaminés et de leurs contacts. Le Bénin n’en a visiblement pas les moyens en tenant compte de sa capacité des 16 000 tests quotidiens déclarés par le ministre de la santé dont la réalité peut être différente. Que faire donc ?

Par ailleurs, nombre de centres scientifiques dans le monde estiment que le virus perdra sa virulence en été. Et puisque l’Afrique se trouve tout le temps ensoleillée, ces centres ne poursuivent pas leurs analyses pour expliquer le comportement du coronavirus en milieu tropical. Il est paradoxal qu’ils continuent de penser après ces déclarations, que l’Afrique va connaitre inéluctablement le sort des pays tempérés.

Toutefois, le Canadian Medical Association Journal, a publié le 8 mai 2020 une étude de l’Association médicale canadienne sur ʺle lien existant entre propagation du coronavirus et conditions climatiquesʺ [5]. Ladite étude affirme que les conditions climatiques ne semblent pas affecter la vitesse de propagation du coronavirus.

Les atouts de la jeunesse de la population béninoise, les non-dits de ʺla non virulence relative du coronavirus en zone tropicale ʺ et les antécédents immunitaires des populations béninoises permettent néanmoins d’avoir de l’espérance. Il se pourrait qu’une immunité collective soit en train de se produire et que les cas symptomatiques n’explosent pas.

A la lecture des mesures de confinement partiel prises par le gouvernement béninois, sans bloquer toutes les activités économiques, puis le déconfinement même en milieu scolaire, malgré les appels à la prudence de certains syndicats [6], et de la mise en place des schémas de diagnostics et de traitement, le béninois doit s’attendre à vivre avec le virus, comme cela semble déjà le cas.

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