COVIDHEBDO-BENIN

COVIDHEBDO N° 8 : Incidences du déconfinement partiel, des motifs d’encouragement à aller plus loin ?

8ème COVIDHEBDO, BENIN – 20 au 26 mai 2020 

Contenu
Lendemains tumultueux du déconfinement ?
Que disent les statistiques ?
Affaiblissement du virus dans le monde

Lendemains tumultueux du déconfinement ?

Une enquête de suivi organisée par l’équipe de gestion de la Covid-19 devrait permettre de confirmer tout ce qui est vécu, entendu et visualisé sur les médias notamment les réseaux sociaux. En effet, les mesures barrières sont prises avec leurs limites par le gouvernement, mais leur suivi par les populations est très mitigé. Les élèves n’en font pas une exception, au contraire.

Les masques distribués, au nombre de deux par élève, qui ne permettent pas une décontamination au jour le jour, à moins d’en porter un chaque jour pendant 10 heures au moins, font l’objet d’un usage incertain. Dans certaines écoles des départements Atlantique – Littoral, foyers de l’épidémie au Bénin, on note une impossibilité du respect de la distance prescrite d’un mètre entre les élèves dans des écoles où la longueur des bancs  dépasse à peine  cette distance. La limitation des moyens pour mettre efficacement en place les dispositifs hygiéniques de lavage des mains, la non désinfection  des établissements,  la non désinfection  des pieds et des habits avant d’entrer dans les écoles. A toutes ces difficultés s’ajoutent l’inconscience des enfants et la banalisation de la maladie qui est non palpable. Aussi, les élèves n’ont-ils pas été testés et cela n’est pas au programme du gouvernement ; le ministre de la santé ayant déclaré qu’un simple test TDR, coûte plus de 25 dollars américain au maigre budget national.

Malgré tous ces handicaps, le déconfinement des élèves, doublé de l’organisation des élections communales n’inquiètent point le grand monde. On a juste entendu quelques enseignants grogner sur un lendemain catastrophique prévisible eu égard au non suivi par l’Etat de leurs recommandations et des moyens d’accompagnement insignifiants. De toute façon, le corps enseignant et les élèves se sont déjà accommodés avec la reprise des cours.

Seule une rapatriée du Koweït a donné de la voix sur son incompréhension du dépistage subi par tous les passagers à leur arrivée et leur mise en quarantaine dans des conditions trop modestes au Bénin alors que le Koweït l’avait déjà fait. Il y a lieu ici d’exprimer l’incongruité de cette plainte car il revient plutôt au pays de destination de s’assurer que les arrivants ne sont pas contaminés. C’est une question importante de santé publique qui concerne tous les béninois dont répond au premier chef le gouvernement. Le contraire serait irresponsable.

En tout cas, revenant sur la question de changement d’indicateur, le ministre de la santé a largement expliqué pourquoi les tests pouvaient diverger. Il a réexpliqué le protocole du Bénin dans chaque cas.

Mais ici, il faut souligner que cette prise en compte des tests PCR et TDR est une erreur du gouvernement qui a l’obligation de respecter les conventions internationales et ne devrait pas se singulariser négativement. Toutefois, on ne continue pas le mal dans le mal et c’est louable pour le gouvernement d’être revenu sur le droit chemin. Mais lorsqu’on le fait on doit assumer toutes les conséquences. Pour le droit à l’information, COVIDHEBDO a réclamé sans l’obtenir, les simples séries des données, qui ont permis de calculer le cumul (COVIDHEBDO 7).

Ces questionnements des populations ont permis au gouvernement de publier des données sur la localisation des cas confirmés de la COVID-19 au Bénin.

Cette carte semble être le point visible de l’iceberg. En effet, le gouvernement n’a réalisé aucune enquête sur les contaminés et n’a organisé aucun dépistage systématique par localité. Ce n’est donc que la répartition spatiale des dépistés. Ce qui signifie que rien n’exclut des cas asymptomatiques, même dans les zones à zéro ou à très faibles taux de contamination.

Cependant, cette publication confirme les soupçons exprimés dans les COVIDHEBDO passés que les nouveaux cas de contamination ne proviennent pas majoritairement de l’extérieur. On retient un enseignement fondamental de cette publication, le nombre de cas réels est largement au-delà du nombre de cas confirmés et l’épidémie est bien installée au Bénin.

Ce qui devrait permettre de palper ce constat sont les tests, qui paradoxalement voient leur nombre baisser de jour en jour, alors qu’ils sont corrélés avec le nombre de cas confirmés (COVIDHEBDO 7). Faute de tests suffisants, les chiffres publiés ne donnent pas une image fidèle de la réalité.

Que disent les statistiques ?

Il est à noter que le début de la série avec la prise en compte des seuls tests PCR à partir du 19 mai est toujours basé sur une estimation faute d’avoir obtenu les chiffres réels. Néanmoins, le gouvernement a publié pour la première fois le 23 mai, la figure 2 ci-dessous.

Cette figure prouve que l’estimation effectuée par Stat’lab Afrique est excellente et qu’on peut continuer à l’exploiter raisonnablement.

Après le déconfinement des scolaires intervenu le 11 mai, on observe depuis une semaine que la courbe des cas confirmés s’est de plus en plus aplatie car le pays enregistre de moins en moins de nouveaux cas confirmés. Toutefois, cela n’a aucun lien avec le déconfinement, mais plutôt avec le nombre de tests de dépistage qui a dégringolé (coefficient de corrélation 0,95, COVIDHEBDO 7).En effet, comparée au graphique que Stat’lab Afrique élabore depuis le début de l’épidémie, on s’aperçoit que les allures des cas confirmés sont identiques.

Par ailleurs, durant cette même semaine, la courbe des cas sous traitement a amorcé une flexion tandis que les guérisons se poursuivent. On enregistre donc à la date du 26 mai, 73 cas sous traitement contre 134  cas guéris. Vivement que cette tendance, tant attendue, se poursuive.

Le virus semble très bien clément avec les béninois, car les comportements décrits ci-dessus devraient dans les pays tempérés conduire à une explosion de la contamination et des décès. Le Bénin a malheureusement connu 3 décès, mais on a l’information qu’au moins deux des trois cas ne se sont pas fait prendre en charge selon le protocole en vigueur.

Quelle explication donner alors à cette situation ?

Affaiblissement du virus dans le monde

Même s’il est fortement recommandé de ne pas baisser la garde, plusieurs scientifiques rejoignent le Pr Didier Raoult pour prédire la fin de la pandémie. Les scientifiques ne se sont pas encore mis d’accord sur la question de savoir si le climat influence la virulence du coronavirus, mais tout porte à le croire. Une nouvelle étude par l’Académie de médecine de la France a conclu que l’augmentation de la température pourrait affaiblir le Coronavirus et sa propagation. L’épidémie du coronavirus partout où on s’aventure vers l’été continue de reculer sauf en Amérique Latine où l’hiver est annoncé. On a noté également que le samedi 23 mai, la Chine n’a recensé aucun nouveau cas de contamination.

Par ailleurs, Une étude italienne  sur 65 000 personnes a montré que les patients traités par l’hydroxychloroquine  pour des maladies chroniques sont protégées de la Covid-19.

La toute bonne nouvelle, qui signifierait que le Bénin est en train de développer une immunité collective, est que le Pr Arnaud Fontanet de  l’Institut Pasteur  a conduit une  étude qui a montré que les malades atteints d’une forme légère de la Covid-19  ont bien développé une immunité temporaire.

Vu qu’aucun pays de l’Afrique ne voit venir l’effet pangolin et étant donné la nette amélioration de la situation au Bénin, l’équipe de gestion de l’épidémie de la covid-19 ne voit aucun facteur d’inquiétude et a annoncé une seconde large vague de déconfinement qu’est la réouverture des lieux de culte et des bars.

Comité de lectureLatévi Lawson, Joël Dégboé, Gemma Dossou Yovo

Collecte des données quantitatives, traitement et illustrations :  Stat’lab Afrique

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